Qui parle ainsi ? Le représentant d’une association de malades, de famille ? Et bien non, il s’agit du jeune nouveau Directeur Général de la Fondation Caisse d’Epargne pour la solidarité : Didier Tabuteau.A quarante cinq ans, cet ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’ENA, connaît parfaitement le secteur de la santé et l’univers médico-social pour avoirfait une brillante carrière au Conseil d’Etat, puis dans différents Cabinets de Ministres de la santé et de la solidarité : Claude Evin, Martine Aubry, Bernard Kouchner, (loi sur les droits de malades et la qualité du système de santé).Didier Tabuteau a par ailleurs dirigé l’Agence du médicaments, de sa création en 1993 à 1997. Il est l’auteur de plusieurs publication relatives aux politiques sociales, aux questions de santé, il enseigne à Science Po Paris (IEP) et à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées.Didier Tabuteau, malgré un agenda chargé, nous accueille, souriant, au sein deson nouveau siège qui sort de terre à Paris. Modernes, fonctionnels, la trentaine de bureaux dégage en cet après-midi de printemps, une ambiance de travail chaleureuse, boisée et vitrée.
Didier Tabuteau : son objet est la lutte contre toutes les formes de dépendance : liées à l’âge, à la maladie, aux handicaps, mais aussi aux problèmes d’accès à la culture, avec l’illettrisme.Dans la pratique la Fondation développe des actions concrètes et si possible innovantes. Dans le secteur du grand âge, elle gère des établissements et services soit 2500 lits démultipliés par des services à domicile, portage de repas, télé assistance…Dans la lutte contre l’illettrisme, la Fondation est le partenaire conventionné des pouvoirs publics pour les Journées d’Appel de la Défense Nationale. La Fondation intervient en formant les tuteurs, coordonnant les interventions et en mettant à disposition les outils.De plus, dans ce domaine comme dans celui des réseaux gérontologiques, de l’adaptation du domicile, la Fondation finance des porteurs de projets d’intérêt général.Quelques chiffres : la Fondation gère à ce jour 40 établissements pour personnes âgées, malades ou handicapées en France. Elle emploie 1400 salariés.
Didier Tabuteau : La Fondation peut devenir un des acteurs de référence, porteur d’innovations au sein du secteur social et médico-social. Des jalons ont été posés en 2002 et 2003, concernant l’illettrisme, la gestion des structures. Ces actions vont se démultiplier dans les 3 années à venir.Je suis convaincu que l’on va assister à une accélération des innovations. Il y aura peu-être plus de changements dans les 5 ans qui viennent que dans les quinze ans qui viennent de passer.On peut aujourd’hui gagner la politique du maintien à domicile ! J’ai conscience des difficultés actuelles : saturation des services, croissance de la demande et des attentes, … mais je pense que les principaux acteurs sont en place, que les outils de formations sont disponibles et que la valorisation des acquis de l’expérience ouvre des perspectives. Des acteurs de régulation et de coordination s’organisent sur les territoires comme les CLIC (Comité locaux d’information et de coordination).De mon point de vue, les clés sont données, encore faut-il bien les tourner !Après la frontière entre le secteur sanitaire et le secteur social, la vraie frontière aujourd’hui se situe entre le domicile et l’établissement.L’établissement ne devra plus être considéré comme le recours ultime et forcé. Quand un retour à domicile sera possible, il faudra l’envisager avec la famille, le faciliter en s’appuyant sur des réseaux de professionnels mais aussi sur les nouvelles technologies pour adapter les logements.Les établissements ne doivent plus être une impasse. Certes, ils accueillent et accueilleront des personnes très dépendantes, très handicapées, mais il s’agit d’innover pour développer des accueils réguliers, alternatifs, et permettre aux populations de choisir et d’aménager leurs parcours de vie.
Didier Tabuteau : Je pense par exemple à notre établissement de rééducation fonctionnelle de Noth dans la Creuse. C’est un établissement de santé transformé en tête de réseau : avec un service de soins et d’aide à domicile (SIRMAD) pour accompagner le retour à domicile des patients hospitalisés. Il développe aussi un CICAT.Je pense aussi à notre résidence d’Epernay, au cœur de la ville, proposant des accueils modulables.L’enjeu est là.Contrairement à ce que l’on a souvent entendu dire après la canicule de l’été 2003, les solidarités familiales demeurent très fortes. Les enfants des personnes aidées sont souvent retraités, ils donnent de leur temps, ils soutiennent les générations qui les suivent et qui les précèdent, ils s’impliquent.La Fondation va chercher à développer des services pour les soulager, les aider, faciliter leur vie.
Didier Tabuteau : Les deux sont empruntées . Mais nous ne recherchons pas de projets. Ils se présentent à nous. Des associations propriétaires ou gestionnaires d’établissements et services, des congrégations religieuses, des collectivités locales nous contactent. En quatre mois, j’ai vu venir à la Fondation une douzaine de dossiers.Nous retenons particulièrement des structures potentiellement innovantes : foyers-logement à restructurer, réseaux de services , accueils temporaires, modulables... Nous suivons aussi les le secteur des handicapés vieillissant comme celui de la réadaptation fonctionnelle, de la cardio-gérontologie, de la psychiatrie. Un partenariat avec la Fédération Hospitalière de France sera rendu public lors d’Hôpital Expo 2004.
Propos recueillis par Annie de Vivie
mis à jour le 14/03/2007
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